[1] Nous tenons dès le départ à fixer nos lecteurs sur le fait que, l’emploi du nom commun papa pour désigner Simon Kimbangu dans ce texte scientifique, s’explique en terme de respect.

par

BITUVUIDI  KIANGANI  ZAKO

Diplômé d’Études Supérieures en Relations Internationales
Université de Kinshasa

Résumé

Cette étude installe Papa Simon Kimbangu dans le statut d’Acteur des Relations Internationales en dévoilant sa mission, sa vision de la paix et sa philosophie de libération pour la paix au monde.   

Abstract

This study of the father Simon Kimbangu is focus in the   status of the international relations in the mission show up, its peace vision and its liberation philosophy for the peace on the world.

INTRODUCTION

Initier une recherche dans le domaine de la paix relève d’un défi dans la mesure où cette donnée apparaît comme un bien rarissime derrière lequel les hommes courent inlassablement depuis de siècles sans pour autant y parvenir. Des congrès, des conférences ont toujours été organisés à travers différentes parties de la planète sans pour autant arriver à atteindre cette quiétude, cette béatitude tant souhaitée. Pour couronner le tout, des organisations internationales ont été mises en place tant au niveau international qu’au niveau régional non seulement pour établir cette paix, mais aussi et surtout pour la préserver le plus longtemps possible. C’est donc dans cette optique que la paix ressemble à une sorte de mirage entraînant une course effrénée pour l’ensemble de l’univers. Il est une évidence que tous les hommes, tous les peuples et tous les Etats aspirent à la paix. Cependant, y arriver apparait comme une gageure.  Plusieurs philosophes, historiens et hommes des lettres, … à travers les temps, ont eu à réfléchir sur les voies et moyens d’atteindre une paix durable. 

En dépit de ce vœu, le monde a connu bien d’autres événements douloureux qui ont suscité autant de malheur pour l’humanité. En effet, cette volonté tant désirée s’est achoppée à des obstacles de toute sorte. Après tant de guerres en Occident, ces protagonistes, après plusieurs siècles de belligérance, ont tenté de faire la paix en concluant des traités importants les uns les autres pour l’instauration des relations harmonieuses et pacifiques. 

Cette étude s’inscrit dans une perspective historique dans la mesure où, les facteurs à la base de l’absence de la paix dans le monde ne datent pas d’aujourd’hui. Il faudrait toujours partir du passé pour comprendre le présent, mais aussi pour envisager l’avenir, étant donné qu’il existe toujours des liens de causalité dans les temps entre ces différents phénomènes. Ce qui veut dire que, pour comprendre l’œuvre de Papa Simon Kimbangu, il importe donc de remonter dans le passé dans la mesure où, tous les maux dont souffre l’univers ont un fondement historique.  Nous tenons à préciser également que, notre quête porte sur les phénomènes internationaux et, en particulier se focalise sur les rapports entre l’Europe et l’Afrique. En fait, le développement des événements dans le vieux continent a amené les Européens à exporter non seulement leurs conflits au-delà de leurs frontières mais aussi le continent noir est devenu leur déversoir. 

Qu’à cela ne tienne, dans le cadre de cette investigation, nous passons en revue l’apport à l’universel de cet homme exceptionnel, à savoir Papa Simon Kimbangu dont le sacrifice et les actions ont permis aux peuples opprimés de recouvrer l’espoir, le sens de la dignité et de la liberté. 

 L’histoire de l’humanité nous renseigne qu’elle très riche en évènements multiples à telle enseigne qu’on peut affirmer dans cette mosaïque que, les uns concourent à faire avancer le progrès quand bien même les autres suscitent de pires affres pour les êtres humains. Il a été démontré par les auteurs latins, amplifiés par Hobbes à travers le temps que l’homme est un loup pour l’homme (homo homini lupus), dans la mesure où il n’hésite pas à infliger d’indicible souffrance à ses prochains.  Cette réalité ne date pas de ces jours dans la mesure où, depuis la nuit des temps, l’homme a toujours cherché à dominer, à conquérir et à étendre son influence au-delà de sa sphère domestique habituelle. Dès lors, l’homme est arrivé à réduire ses semblables en esclaves, à massacrer d’autres peuples dans les buts tout simplement d’atteindre des objectifs égoïstes.  Ce qui est vrai au niveau micro-sociétal entre individus, l’est encore plus au niveau macro-sociétal où des sociétés entières, organisées en royaumes, empires ou en Etats s’adonnent activement à des activités troublant l’ordre et la tranquillité dans notre monde.

De ce point de vue, la nature humaine est tiraillée entre deux réalités, à savoir : D’une part, la recherche de la puissance, c’est-à-dire de la domination qui engendre le désir insatiable d’accumulation des ressources susceptibles d’accroître ce désir. Pour Carr, « la politique est, dans un certain sens, toujours politique de puissance »[1]. La conséquence d’une telle réalité est l’instabilité, les guerres, des conflits de tout genre … à travers le monde, entraînant dans leur sillage : maladies, pauvreté, pillage, massacres, haine et tant de maux qui empêchent la pleine éclosion de l’espèce humaine.  Si hier, c’est dans le cadre des sociétés traditionnelles que, les enjeux autour de la conquête des avantages, liés au pouvoir que se déroulaient les épreuves de force entre différentes communautés.  Cependant, il est à reconnaître que, l’évolution de la vie internationale est sans pareille avec le sort qui a été réservé à ces populations par les conquérants blancs venus d’outre-mer à partir du moment où, ces derniers vont perdre leur indépendance, leur liberté et même leur dignité en tant que peuple.

Dans cette entreprise funeste, il est un fait que dans le monde moderne, ce sont les Etats dits puissants qui excellent dans ces genres d’entreprises du fait de leur tendance ardent de prestige. C’est dans ce sens que, ces pays occidentaux se sont livrés à étendre leur domination au-delà de leur continent.    

D’autre part, aux côtés de cette dynamique infernale se trouve la recherche effrénée de la paix à partir du moment où, c’est dans cette atmosphère propice que l’homme peut aspirer à réaliser ses vœux de progrès et de développement. La paix procure ainsi un cadre favorable aux hommes d’étaler leur capacité de vivre dans la paix absolue.

Passons à ce qui nous concerne. Cette étude porte sur la recherche de la paix universelle amorcée par le prophète Simon Kimbangu, Acteur particulier des Relations Internationales. Aussi nous revient-il de nous interroger sur sa mission, sa vision et sa philosophie de la libération pour la paix au monde.

Pour accéder à des réponses satisfaisantes suivant un cheminement cohérent de notre pensée, sans compter cette introduction et la brève conclusion qui met un terme à l’ensemble du travail, la présente étude s’articule en cinq points. Le premier circonscrit le statut d’acteur particulier des relations internationales reconnu à Papa Simon Kimbangu. Le deuxième expose les enjeux internationaux de la paix d’entre deux siècles. Le troisième présente le contexte socio-politique de l’avènement de Papa Simon Kimbangu. L’avant dernier point analysera la paix dans un monde troublé sous l’angle d’une quête sempiternelle. Le cinquième et dernier point proposera une thérapie pour un monde troublé en vue d’une libération pour la paix au monde.

 I. PAPA SIMON KIMBANGU: ACTEUR PARTICULIER DES RELATIONS INTERNATIONALES

Les individus, personnes physiques comme acteurs des Relations Internationales est un phénomène récent non encore totalement codifié ni généralisé. Mais d’une manière générale, la souveraineté des Etats est limitée face aux obligations qui découlent du Droit International en matière de droit de l’homme.

La Charte des droits de l’homme (Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948) place l’individu, par rapport à sa raison, et ses intérêts au centre de l’histoire et de la politique (interne et internationale).

Désormais, les droits de l’homme font partie des principes de l’ordre juridique, économique, socio-culturel et politique internationale.

Les acteurs publics (Etats et OIG) des relations internationales sont tenus au respect et à la mise en œuvre des différentes conventions relatives aux droits humains. Cette obligation a provoqué une nouvelle lecture du principe de « non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats » au titre des droits de l’homme.

Évidemment, cette nouvelle vision a suscité et suscite encore des polémiques politiques que provoquent les interprétations des uns et des autres, les droits de l’homme constituent à nos jours un des principes de l’ordre politique mondial en faisant de l’individu un sujet « sui generis » de droit international et donc un acteur dans les Relations Internationales. Et dans le système politique de l’Europe occidentale que l’individu est devenu pratiquement un acteur actif des relations internationales européennes (Cfr. Cour Européenne des droits de l’homme). En Afrique post-coloniale, la Charte de Banjul sur les droits des peuples et de l’homme existe mais sa mise en œuvre effective reste encore dans la salle d’attente.

Dans cette étude, Papa Simon Kimbangu est pris pour un Acteur physique indéniable des Relations Internationales. Nous démontrons cette affirmation dans les pages qui suivent.    

II. ENJEUX INTERNATIONAUX D’ENTRE DEUX SIÈCLES

Considérant le cours des événements dans le monde entre la fin du 18e et du 19e siècles, il apparait que cette période coïncide avec un certain nombre d’évènements, qui ont marqué d’une manière indélébile les relations internationales dans cette époque charnière propice aux grands chambardements.  Dans cette Europe en pleine reconstruction après un grand nombre de conflits meurtriers qui ont décimé des générations entières, un autre phénomène tout autant dévastateur est apparu lequel, a entraîné de conséquences extrêmement graves pour le sort des peuples Africains.

Il s’agit en réalité du désir nouveau de conquêtes des terres lointaines que nourrissaient les puissances européennes. Après avoir achevé la conquête des autres continents, l’Afrique constituait la dernière région au monde à occuper pour les Européens. Hormis le Portugal et l’Espagne qui se sont effectivement établis à l’extérieur depuis longtemps, la majorité de ces Européens se contentaient seulement de longer les cotes pour échanger des marchandises.  La France et l’Angleterre leur ont emboité les pas en fondant des colonies. D’autres par contre, se sont réveillés tard comme l’Allemagne, l’Italie et dans une moindre mesure la Belgique.

À partir de cet instant, il sera véritablement très complexe de gérer les ambitions des uns et des autres si bien que, les accrochages, les escarmouches et même des conflits divers seront fréquents entre eux. Ainsi, pour organiser le tout et mettre de l’ordre, les Européens se sont retrouvés à Berlin, capitale de l’Allemagne pour non pas comme cela a été popularisé partager l’Afrique, mais plutôt pour mettre en place un corps de règles devant présider à cette occupation. « Le préambule de l’Acte général de la Conférence le formule ainsi : la Conférence a pour objet de régler pacifiquement les litiges relatifs aux conquêtes coloniales en Afrique. En d’autres mots, il fallait éviter que des incidents dans ce centre de l’Afrique ne dégénèrent en un conflit armé  dans le centre de l’Europe »[2].

L’Afrique s’est transformée donc en une sorte de terrain de jeu où les impérialistes sont venus pour entreprendre des affaires juteuses. On a assisté au déferlement des aventuriers de tous bords écumant le continent de tous les côtés pour imposer leur domination. Le prétexte longtemps avancé de civiliser l’homme africain et de jeter la lumière dans  une forêt noire et opaque a  fini par être taillé en brèche, dès lors qu’il a été démontré que, le continent n’était pas  un espace inculte comme d’aucuns l’ont laissé entendre. Pourtant, les preuves existent que bien avant l’avènement de l’homme blanc dans le continent, des royaumes et des empires prestigieux ont existé en Afrique comme l’étale si bien Cheikh  Anta Diop, ‘’au 15e siècle , quand les premiers marins commerçants portugais, hollandais, anglais français, danois, brandebourgeois commencèrent à établir des comptoirs sur la côte occidentale d’Afrique, l’organisation politique des Etats Africains était égale-et souvent supérieure-à celle de leurs Etats respectifs. Les monarchies étaient déjà constitutionnelles avec un conseil du peuple où les différentes couches sociales étaient représentées et le roi nègre –contrairement à la légende n’était pas un despote, aux pouvoirs illimités’’[3].   

En dépit de cette réalité, seuls les rapports de force ont déterminé la nature des relations qui, dorénavant, ont existé entre les deux continents. Ce sont donc les relations entre le maître et l’esclave qui sont nées à partir de ce moment-là. Jadis libres et indépendants, ces peuples ont subi les humiliations de toutes sortes au regard du sort qui leur ont été réservés par les nouveaux conquérants. Ainsi, l’Afrique est devenue le pendant de l’Europe dont les puissances titulaires se sont adonnées à l’exploitation éhontée de leur sol et sous-sol. L’Afrique est entrée non sans conséquences dans le cycle infernal de la division internationale du travail. Devant la spécialisation dans les tâches à exécuter, les Etats africains selon le cas devraient fournir dans ce commerce international des produits divers allant de l’agriculture, aux minerais …  en retour ces Etats devraient consommer les produits finis en provenance de ces métropoles.

Dès lors, l’Afrique a enregistré de profondes transformations en son sein, sur le plan économique, de réalités d’une nature nouvelle ont pris jour, notamment la consommation capitaliste, l’échange inégal etc… Du point de vue culturel, les africains ont perdu leur véritable identité; en devenant acculturés ; en reniant leurs valeurs ancestrales, remplacées par des cultures d’emprunt. Politiquement, les pouvoirs traditionnels ont été désarticulés.  Sur terrain, les monarques européens devraient être relayés par des chefs africains plus malléables.

Ainsi, trois grands agents ont été très utilisés dans l’implantation de l’œuvre coloniale, à savoir : l’administration, les missionnaires religieux et les sociétés à charte (multinationales).

  • l’administration coloniale a permis la confiscation des terres en mettant en place des agents chargés de gérer la population et des terres en vue de permettre une exploitation efficiente des colonies ;
  • les missionnaires blancs ont été d’une grande utilité du fait que sous couvert de prêcher la bonne nouvelle de la bible, jouaient en réalité d’intermédiaires entre l’administration et les autochtones. Il n’était pas rare de voir dans certains milieux où il y’avait carence des agents coloniaux que, les religieux se substituent aux représentants de l’État ; 
  • les sociétés à charte sont celles qui étaient chargées de fructifier les colonies en faisant travailler les Africains à la limite de l’esclavage avec tout ce que cela pouvait entraîner comme conséquences en matière des violations des droits de l’homme.

Toutefois, il est un fait indéniable que, le sort de toute l’Afrique était en jeu dans ce challenge, mais plus que toutes les autres, c’est la partie centrale de ce continent qui a plus mobilisé les énergies à telle enseigne que, certains auteurs n’ont pas hésité à qualifier la conférence de Berlin en « Conférence du Congo », tant les envies étaient trop prononcées autour de cette zone.  En clair, cette partie n’est autre que celle du bassin du Congo, au sein de laquelle on trouve l’actuelle RD. Congo, l’Angola et la République du Congo.

Ce n’est donc pas un pur hasard si les faits se sont déroulés comme tel dans la mesure où, c’est sur cette terre que fut annoncée depuis des siècles où naîtra celui qui viendra libérer les opprimés de toutes les races. Devant tous ces malheurs, il a fallu quelqu’un dont la mission n’est autre que de tirer les Africains de leur soumission en les conduisant non seulement vers l’indépendance et la dignité, mais aussi vers le salut de leurs âmes, grâce à ses enseignements, son discours et surtout ses actes de puissance, hautement symboliques. 

Cette étude se situe dans la droite ligne des études en relations internationales où nous explorons sa branche d’éthique des relations  internationales qui consiste à l’étude de la nature et du rôle des prescriptions, des valeurs morales, des enjeux et des dilemmes éthiques, dans les relations internationales[4].

III. CONTEXTE SOCIO-POLITIQUE DE L’AVÈNEMENT DE PAPA SIMON KIMBANGU

Au vu de ce qui précède, il est évident que le contexte dans lequel Papa Simon Kimbangu est venu au monde révèle que son pays était déjà sous la coupe des impérialistes occidentaux dont le seul leitmotiv est le profit. Pour ce faire, l’homme noir était chosifié, humilié  par toute une série de traitements inhumains. C’est dans ce sens que, la chicotte était le lot quotidien de ces hommes et femmes lesquels, à longueur des journées, étaient excédés à souffrir le martyr sur la terre de leurs ancêtres.

En réalité, après avoir acquis le territoire qui constitue aujourd’hui la RD. Congo, les nouveaux propriétaires de ces terres ont investi financièrement et humainement pour fructifier leurs domaines. Ainsi, Léopold II en mettant à contribution sa richesse personnelle, l’étendue du territoire a nécessité bien d’autres capitaux, notamment des privés, des banques et d’autres bailleurs de fonds.  D’où, « le recrutement de contingents indigènes forcés, sous peine d’amende ou de prison, à travailler sur des chantiers publics ou privés »[5].

Parmi les activités ayant la côte, s’alignent les palmiers, l’hévéa, les minerais… le dur labeur lié à ces travaux nécessitait une main d’œuvre abondante. Dans ces conditions, la corvée est devenue une seconde nature pour des paysans congolais qui devaient fournir à ces entreprises un quota bien déterminé de stocks.    

C’est donc la preuve que, les Noirs étaient ulcérés dans leur chair, à telle enseigne qu’ils ne savaient pas à quel saint se vouer. C’est donc dans ces circonstances particulières  qu’était  né Papa Simon Kimbangu.  C’est ici où se situe son action, qui a reçu par révélation ‘’la mission d’enseigner, de traduire la volonté de Dieu. Muni de sa bible, il bénit et enseigne les foules. Il commente la Bible et annonce la rédemption du peuple. De la sorte, il pense que, le moment est venu de réveiller la conscience des peuples dominés. Son dessein semble avoir été de mettre au service de son peuple l’enseignement de la bible en proclamant hautement que sa mission était divine.’[6].         

Né le 12 septembre 1887, juste après l’attribution officielle de la partie centrale du royaume Kongo à la Belgique, cet Envoyé de Dieu a vu le jour sur la colline de Nkamba de l’union de maman Luezi et de papa Kuyela. Son nom veut tout simplement dire celui qui révèle les choses cachées. On peut donc comprendre la prédestination à laquelle avait été appelée celui qui a bouleversé l’histoire du monde.  Ayant été élevé par sa tante maternelle maman Kinzembo, à la suite du décès prématuré de sa maman, Papa Simon Kimbangu  a  été formé par les missionnaires blancs du Baptist Mission de Gombe Lutete où il a été initié au catéchisme. De l’avis de ses contemporains, on apprend qu’il a été un élève très doué, poli et exemplaire.

Cependant, au fur et à mesure qu’il grandissait, Papa Simon ne cessait d’afficher des qualités hors du commun de mortel qui permettaient aux gens de se rendre compte qu’il appartenait à une nature exceptionnelle. Partageant le quotidien de son peuple, il a intériorisé les réalités qu’endurait sa société. Néanmoins, il a fallu attendre l’appel du 06 avril 1921 reçu du Seigneur pour assister au début de l’œuvre salvatrice de Papa Simon Kimbangu.  Son destin à partir de ce moment était lié aux réponses qu’il devrait apporter à ce monde désorienté. 

IV. LA PAIX DANS UN MONDE TROUBLÉ : UNE QUÊTE SEMPITERNELLE 

Utilisée abondamment dans le langage courant, la paix est un concept qui n’est pas si facile à repérer et à analyser. En tant que concept, la paix est l’objet de controverses inépuisables.

En effet, pour les uns, la paix est un idéal dont la réalisation suppose un très haut degré de perfection dans l’organisation sociale et une harmonie entre tous les membres et tous les groupes qui constituent la société. Cette perfection est celle des théologiens quand ils définissent  la paix comme « la tranquillité dans l’ordre ».

Une autre école de pensée plus simpliste considère que la paix se réduit à l’absence de la guerre et cet état de paix peut résulter soit du triomphe du droit sur la force soit de l’équilibre entre les forces en présence, soit encore de la domination sans partage exercée par un acteur ou groupe d’acteurs sur tous les autres (paix imposée : Pax Romana).

Si dans les Relations Internationales, la paix reste en toute circonstance, l’objectif à atteindre par chaque acteur (Etat), les moyens pour y parvenir divisent davantage les acteurs étatiques. Deux tendances se dégagent à ce sujet :

La tendance « pacifiste » considère que les moyens sont de nature à corrompre les fins les plus nobles. Ces moyens sont notamment :

  • la dissuasion (stratégie de la paix par la peur des armes surtout nucléaires) ;
  • le respect du Droit International ;
  • l’entente ou négociation ;
  • le développement (coopération internationale pour le développement) ;
  • le désarmement.

La tendance belliciste : elle estime que la paix ne sera jamais qu’un équilibre précaire et la sauvegarde de la paix est une fin qui justifie le recours à n’importe quel moyen même dangereux. (Théorie de Machiavel).

J.B. Duroselle soutient à ce propos qu’« entre les prophètes armés, les prophètes désarmés et les armés sans prophètes, la controverse dure depuis le début de l’histoire » et rien ne permet à nos jours d’affirmer qu’elle doive prendre fin aussi longtemps que demeure l’espèce humaine. Cela nous amène à penser que les conflits et les guerres sont aux Relations Internationales, ce que la « Fièvre et autres pathologie sont au corps humain ».

Comme on le voit, s’il n’est pas facile de se mettre d’accord du point de vue théorique sur le contenu de la paix, il faut dire que c’est encore plus difficile du point de vue pratique de la réaliser. 

Il est évident que depuis des milliers d’années, la paix soit toujours recherchée, elle demeure un besoin primordial pour l’humanité. Pour ce faire, il faut toujours cerner les facteurs qui perturbent la paix. Aux jours d’aujourd’hui, au regard de ce qui se passe dans le monde, il n’y a pas de doute que c’est l’Europe qui est en grande partie à la base des problèmes que connaît le monde. En effet, c’est cette Europe qui, après avoir partagé et, dessiné la carte du monde avec tous les cinq continents, a créé la plupart  de conflits qui existent entre les Etats.

Ce qui est affirmé ici s’est confirmé avec l’éclatement de la grande guerre dont les facteurs se situaient dans les luttes hégémoniques entre puissances européennes. En effet, de 1914 à 1918, ce continent s’est détruit, en entraînant les autres parties du monde dans ce grand bourbier. À l’issue de la victoire des forces de l’Alliance (France, Angleterre, Russie et Usa), les vainqueurs, dans le souci d’éviter d’autres conflits majeurs, ont sur base du point 14 du plan du président américain Woodrow Wilson, créé la SDN (Société des nations). Cette première organisation à caractère universel a reçu mandat d’instituer la sécurité collective pour l’ensemble des Etats.  Ainsi donc, dorénavant la paix et la sécurité deviennent un domaine de coopération entre Etats qui ne peuvent plus individuellement se faire justice. La paix et la sécurité sont considérées comme un bien mondial.

  Pendant que les stigmates de cette guerre étaient en train d’être pansés, la deuxième guerre mondiale a éclaté dans la foulée des ambitions contradictoires entre Européens, avant même que tous les traités signés pour mettre fin à la guerre ne soient exécutés. Cette seconde guerre mondiale qui a été encore plus meurtrière, a infligé au monde encore plus de morts et de destructions. Et, cette fois-ci, aucune partie de la planète n’a été épargnée dans la mesure où, des combats ont eu lieu en dehors de l’Europe, l’épicentre du conflit. Dans cet effort de guerre, « les empires coloniaux ont fourni des hommes en abondance durant la guerre »[7]. En consacrant l’échec de la SDN, l’approche de la fin de la deuxième guerre mondiale a amené les alliés (Usa, Grande Bretagne, Russie, France) à mettre sur pied l’Organisation des Nations Unies (ONU) dont la mission selon le chapitre 1er consiste à maintenir la paix et la sécurité internationales. Mieux que la SDN, l’ONU devrait incarner le nouvel espoir pour instaurer une paix durable dans le monde. Malheureusement, les conflits et les tensions n’ont pourtant pas disparus, au contraire, bien d’autres menaces se sont manifestées par la suite.  

Avec la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Europe affaiblit, a laissé la place à l’alliance militaire du nom de l’Otan (Organisation du Traité Atlantique du Nord) pour sa sécurité. Celle-ci est une alliance qui, en étendant davantage son hégémonie suscite de plus en plus des zones de tension dans le monde. Tout ceci est la preuve qu’on est loin de mettre fin à la prolifération des conflits qui endeuillent les humains.  De près ou de loin, les Etats membres de cette structure militaire sont à la base de conflits en cours en Libye, en Irak, en Syrie…

La paix est certes toujours désirée mais elle demeure toujours fuyante, est loin d’être acquise, au regard de cette équation, le problème reste insoluble : comment atteindre un monde pacifié où les hommes vivent dans l’harmonie ?

V. THÉRAPIE POUR UN MONDE TROUBLÉ

À ces jours, l’humanité ressemble à un grand malade ayant subi toutes sortes d’opérations, mais sans que la guérison ne soit au rendez-vous. Loin de s’avouer vaincu, il importe d’envisager d’autres pistes, longtemps ignorées, mais pourtant mises à la disposition des Africains, en particulier, et de toute l’humanité, en général. Cette nouvelle chance réside dans la mission, la vision et la philosophie de libération proposée par Papa Simon Kimbangu, en tant qu’acteur particulier des  relations internationales. Entendu qu’un acteur est toute personne, tout phénomène, toute institution qui, sur le plan des relations internationales, est susceptible de jouer un rôle de premier plan.

En tant qu’acteur particulier en ce moment et partant de la paix, sa mission c’est de sauver le monde, il veut que l’homme abandonne tous les maux qui minent son existence. C’est en cela que Papa Simon Kimbangu est acteur particulier à cause de sa mission, de son schéma, reçu du seigneur Jésus Christ et qu’il met à la disposition de l’homme. Ce schéma conduit à une société nouvelle, cette société que l’homme cherche, est celle d’égalité, de paix, de progrès social, … Sa philosophie de libération en prônant ouvertement les indépendances constitue une arme efficace pour libérer l’homme faible, l’être opprimé de ses difficultés existentielles, sur les plans économique, culturel, politique, social, … Pour une meilleure explicitation de la thérapie à appliquer sur ce monde troublé, nous exposons successivement la mission dévolue à Papa Simon Kimbangu, sa vision et sa philosophie de libération pour la paix au monde. 

5.1. Mission de Papa Simon Kimbangu

Parler d’une mission, signifie tout simplement ce qu’on doit accomplir, tout ce qui doit être fait par rapport à une tâche, à un travail en tenant compte d’un objectif quelconque à atteindre. Tel est le cas de Papa Simon Kimbangu dont l’avènement sur cette terre des hommes n’a pas été fortuit. Il a reçu une mission, il l’a non seulement affirmée à ses contemporains, mais aussi et surtout, même notre génération avec le recul du temps, est édifiée par la force de sa parole, par la puissance de ses actes qui ont rendu possible l’accomplissement de ses prédictions.

 En effet, pour matérialiser le travail pour lequel il a été Envoyé sur terre, il faudrait d’abord se placer dans la marche des évolutions de la politique mondiale à une certaine époque donnée de l’histoire qui a rendu plus qu’indispensable la venue d’un sauveur au regard de la situation malheureuse des peuples dominés.

Le congolais en particulier et, l’africain, en général, était réellement floué, perdu, aveuglé par le pilier central du système colonial qui est la religion ; cause de beaucoup de confusion, de psychose, d’aliénation, de dépendance.  D’où, il a fallu beaucoup travailler sur le plan spirituel d’abord et, ensuite sur le plan matériel  car, le front spirituel était aliéné avant qu’il ne soit désaliéné par Papa Simon Kimbangu. C’est cette phase difficile qui fait que jusqu’ici, l’homme noir, en particulier, et en général, l’homme opprimé, soit toujours inférieur à son ancien maître blanc. Ce complexe d’infériorité continue à habiter le peuple noir opprimé partout où il est se trouve.

  En fait, le lavage de cerveau subi, le conditionnement mental auquel a été victime  l’homme, lui a fait perdre tous ses repères. D’où la  cause profonde de son retard sur tous les plans mais aussi, l’origine de tout ce qui ronge la société africaine.

En dépit de cette réalité, l’espérance d’un changement de circonstances  n’a pas quitté ce peuple meurtri lequel, s’attendait qu’un jour son sort pourra évoluer dans le sens positif. 

C’est en ce moment qu’est intervenu Papa Simon Kimbangu dont la mission reçue du Seigneur n’est autre que de libérer l’homme, en général, et l’homme noir, en particulier, en tant qu’Envoyé de Dieu. Dans son article, « le Kimbanguisme comme éveil de la conscience de la race noire », Nsumbuka Nkansa aborde les aspects nationalistes et socio-culturels du Kimbanguisme. En effet, dans ses enseignements, Papa Simon Kimbangu « s’est présenté en précurseur de la conscience des Noirs, ainsi grâce à son message de libération, vers 1921 et 1922, des manifestations ont éclaté, provoquées par le refus de la politique de répression.  Des chants et des hymnes ont scandé la gloire de premières victimes »[8].

Il y’a lieu de faire remarquer que des témoignages vivants attestent qu’une relation particulière a existé entre Papa Simon Kimbangu et le Seigneur Jésus Christ, tant la complicité était grande dans leurs interactions spirituelles. Dès lors, il n’y a point de doute que, dans cette mission de libérer son peuple assujetti, dominé et écrasé, papa Simon Kimbangu n’était pas seul, comme lui a promis le Christ, il était là, l’accompagnant pour réaliser sa mission. Cette libération était globale  dans la mesure où, elle concerne tous les aspects maintenant l’homme en otage.

En toute évidence, le système colonial léopoldien était fondé sur ces trois piliers, à savoir : l’Église, c’est-à-dire la religion, l’Administration et les Sociétés à charte, c’est-à-dire les multinationales. Dans ce sens, Papa Simon Kimbangu est venu déboulonner ce soubassement sur lequel reposait l’entreprise coloniale. Cependant, étant donné que la religion était le pilier central pour flouer l’homme colonisé, l’action de Papa Simon Kimbangu a consisté à tirer l’homme de son aliénation et sa soumission aveugle.  

C’est ce que confirme Likundoli, « la colonisation a introduit au Zaïre des Religions diverses dont les plus importantes sont le Protestantisme et le Catholicisme privilégié ; privilégié suite au concordat conclu entre le roi Léopold II et le Saint – Siège. Selon ce concordat, les missionnaires se chargeaient de l’Enseignement. Par carence d’agents administratifs, les missionnaires administraient, souvent de vastes territoires sous l’ordre  de l’Etat ».[9]

En fait, c’est la preuve que, le monde entier était sous contrôle du système occidental ébranlé le 06 avril 1921 par Papa Simon Kimbangu. Celui-ci l’a remplacé par un autre ordre, conformément à la mission reçue de son maître, le fils de Dieu notre Seigneur Jésus-Christ.  Ainsi donc, cette date mémorable a bouleversé le monde. Le monde entier était convaincu que Papa Simon Kimbangu était réellement l’Envoyé de notre Seigneur Jésus-Christ fils, de Dieu qui est venu nous libérer, nous sauver contre le mal, contre la domination étrangère, contre toutes les formes d’aliénations, contre toutes les iniquités. Grâce à la force de son message, ses enseignements suivis d’actes de puissance, Papa Simon est apparu donc sans doute comme « cette toute-puissance envoyée pour libérer »[10] l’univers.

 C’est donc une vérité historique que, Papa Simon Kimbangu « utilise la religion du colonisateur. La Bible n’est rien d’autre qu’un instrument de combat qu’il utilise contre le colonisateur ; car par la bible, Kimbangu entend instaurer la justice prêchée par ce livre saint des Blancs, et que ces derniers refusent d’appliquer aux Noirs »[11].    

 Alors dans ce sens, Christ a été récupéré par son Envoyé Spécial pour enfin devenir réellement Jésus-Christ de Nazareth qui est né à Bethléem, en Palestine, fils de Dieu, pour un christianisme positif au monde. Il s’agit de  l’émancipation du continent africain vis-à-vis de l’occident impérialiste.

Papa Simon Kimbangu n’a pas seulement libéré l’homme noir mais aussi, l’homme de tous les quatre points cardinaux comme il l’a déclaré lui-même en 1921, lorsqu’il a reçu sa mission de son Maître, de son ami, le fils de Dieu, Jésus-Christ de Nazareth.

Dans ce sens, il a libéré l’homme opprimé et l’homme tout court. En amorçant cette mission le 06 avril 1921, il a été question de sauver l’homme contre le mal, contre toute forme de domination, contre l’exploitation de l’homme, l’esclavage, la colonisation, les esprits impurs.  

Le caractère intégral de sa mission a fait qu’il soit investi du pouvoir de guérir, soigner les malades et libérer l’homme de tout ce qui l’empêche de progresser.

C’est dans ce sens que la phrase stratégique selon laquelle « l’homme Noir deviendra blanc et l’homme Blanc noir » doit être placée dans son véritable contexte. Il ne s’agit nullement de la pigmentation, mais plutôt c’est le changement mental, la façon de penser et l’accès à la responsabilité. 

En toute évidence, « cette phrase choc » a décrété l’égalité de l’homme sans discrimination de race. L’homme a recouvré sa dignité, sa liberté et dans la foulée l’indépendance des colonies africaines a été annoncée. D’où la perspective de voir les petits enfants noirs exercer des charges autrefois réservées uniquement aux blancs. Ainsi, cette parole a fini par s’accomplir à partir du moment où, les Africains ont pris la destinée de leurs pays en devenant effectivement indépendants. 

La ferveur autour de sa personne et le nombre sans cesse de miracles opérés ont franchi les frontières de la RD Congo pour se répandre à travers le monde. Cette réputation a été rendue possible grâce à la présence sur la terre africaine de ces mêmes Occidentaux qui se sont partagés le monde en zone d’influence. Ainsi, la prophétie de Papa Simon Kimbangu  est devenue une réalité vivante.

La libération de tous les opprimés du monde est intervenue sans aucune distinction de race. Dans ce sens, par la paix de Papa Simon Kimbangu, il faut aussi entendre l’absence de la dépendance, de la domination, de la colonisation, bref, la liberté qui est un droit naturel pour tout être vivant. C’est que lui-même a qualifié « qu’il n’y aura plus une pierre au-dessus d’une autre pierre ».

5.2. Vision de Papa Simon Kimbangu

Comme tout être providentiel, Papa Simon Kimbangu avait une vision, celle-ci a été proposée non seulement à ses disciples, mais aussi à ses adeptes pendant les quelques mois de son ministère. Cette vision aujourd’hui n’est autre chose que le schéma, l’itinéraire qui est celui de la vie du christ.  Ayant été choisi par le Seigneur Jésus Christ, Papa Simon Kimbangu s’est vu confier le monde. C’est dans ce sens qu’il lui a assuré de son accompagnement partout. Son maître et compagnon Jésus Christ lui a dit, certes, il sera arrêté, mais il lui a garanti qu’il ne l’abandonnera jamais.

Il va sans dire qu’une telle responsabilité signifie sans conteste que Papa Simon Kimbangu devrait  guider et gouverner l’humanité tout entière en tant héritier et continuateur de Jésus Christ.

On comprend aisément que ces révélations n’aient pas été comprises par les colons et tous ses contemporains. Ce qui est tout à fait normal que sa vision du futur soit fondée sur l’ordre Kimbanguiste qui prône le retour à l’ordre naturel où l’homme était en harmonie parfaite avec son créateur dans la mesure où, l’être humain évite le mal et s’oriente vers le salut.

 En fait, étant donné le désir ardent de la recherche de la paix, de la spiritualité, du salut de l’âme ; l’homme n’a plus de choix, si ce n’est que de se plier à cette vision pour retrouver sa spiritualité, son âme, sa conscience ; voire la tranquillité dans son cadre tant familial que dans la société globale.

Aussi, il est utile de savoir que déjà en date du 11 septembre 1921, Papa Simon Kimbangu dans ses derniers instants dans sa région natale, avait fixé l’homme congolais, africain et l’homme de toute la terre de son destin, de l’avenir du monde. Bref, de l’homme de notre planète terre de tout ce qui arrivera négativement au cas où, il ne se conformait pas, à la volonté du créateur. Il avait énoncé le monde à l’homme de son temps, à celui d’hier et à celui de l’avenir afin de prendre des dispositions particulières pour éviter le pire sur les plans politique, social, économique, spirituel, … 

C’est encore une fois l’accomplissement d’une autre prophétie, à savoir que, le monde dans le futur connaîtra des grands bouleversements dont les calamités naturelles, des maladies, des massacres, etc…

En ce moment donc, l’absence de la paix est consécutive tout simplement au fait que l’homme s’est mis à se contredire avec sa nature propre, n’a plus obéit aux lois divines et a bafoué les règles élémentaires de la société. Bref, l’homme naturel est sorti de tous les principes, de ses règles, de tout ce qu’il faut pour qu’il soit en paix dans sa société.

5.3. Papa Simon Kimbangu et la Philosophie de libération de l’homme opprimé

 Dans l’antiquité   grecque, est philosophe l’ami de la sagesse, celui qui s’applique à la recherche des principes et des causes. Celui qui s’applique à l’étude de l’homme et de la société, à l’effet de rendre ses semblables meilleurs et plus heureux. Le philosophe consomme sa vie à observer les hommes.  Celui qui cultive sa raison, conforme sa conduite aux règles de la saine morale et affermit son âme contre les coups du sort.

La philosophie est donc l’étude des principes et des causes ou système des notions générales. Système particulier qu’on se fait pour la conduite de la vie.[12] La philosophie  est une philosophie africaine, c’est l’amour vrai, la paix, la non-violence qui lui permet de pacifier le monde.  En lisant attentivement ce qui est dit ici, il n’y a pas de doute que les enseignements de Papa Simon Kimbangu renferment la philosophie dans la mesure où, il n’y a pas que l’aspect spirituel, mais aussi il y’a abondamment des règles et principes dignes d’orienter le comportement des hommes de toutes les races, de tous les continents pour une vie comblée. On se rendra compte que la morale, les préceptes de Papa Simon Kimbangu est très méticuleuse, exigeante et pure à telle enseigne qu’en s’y conformant, l’homme ne peut qu’aboutir à l’accomplissement merveilleux tant de son existence matérielle que spirituelle. En effet, ayant longtemps observé les conditions du vécu quotidien de sa société, de son époque, caractérisé par la domination des uns par les autres, par l’institutionnalisation des rapports inégaux, injustes et iniques entre d’un côté, un supérieur et de l’autre côté, un inférieur.  L’instauration de ces relations asymétriques sujettes à l’exploitation de l’homme par l’homme. En effet, Papa Simon Kimbangu ayant été choisi pour faire traverser à son peuple cette étape douloureuse, l’Envoyé de Dieu devrait naturellement vivre parmi les siens, c’est-à-dire son peuple pour le libérer d’abord de la soumission avant de mieux le préparer à affronter l’avenir.

C’est exactement ce qui a été fait, en réalité, Papa Simon Kimbangu a effectivement montré le chemin à son peuple.  Grace aux multiples manifestations de puissance, il a fini par déjouer le plan des colons. Et, pour mieux baliser le futur, il a donc inculqué tout au long de ses enseignements, la voie à suivre et donc, sa philosophie.  Cette philosophie est tout à fait africaine, basée sur les valeurs authentiquement africaines, empreinte de la morale chrétienne à partir du moment où le Christ a été récupéré dans son amour, dans sa justice, dans sa compassion. Au fait, il s’agit du vrai Christ, différent de celui qui a été galvaudé par les impérialistes pour implanter leur domination. C’est donc sur lui qu’est fondée cette philosophie. C’est en fait une philosophie de libération qui entend entraîner l’homme dans une existence terrestre paisible où il aura retrouvé l’harmonie non seulement avec la nature mais surtout en conformité avec la volonté divine.

Cette philosophie qui proclame tout haut les indépendances dans sa totalité oriente l’homme vers une nouvelle société de paix, d’amour, d’espoir, d’égalité, société d’une seule race, société de liberté par un homme nouveau où autour de lui seront tous un.

C’est un homme nouveau avec une nouvelle société basée sur le Saint-Esprit pour sauver l’homme contre le mal, une société de non-violence, de paix, d’amour, d’émancipation.

 En dépit des affres qu’a endurées Papa Simon Kimbangu de la part des colons, pour la cause de la libération de l’homme opprimé, son apport unique à l’humanité a fini par être admis bien plus tard.   Dans ce sens, c’est le 24 décembre 1959 que l’Envoyé Spécial, Papa Simon Kimbangu a été réhabilité officiellement avec honneur et dignité par le pouvoir colonial belge, en reconnaissance non seulement de l’homme, mais aussi de toute  son œuvre.  Malheureusement, le sens de cet acte hautement symbolique n’avait pas été compris par le commun de mortel. Il s’est agi donc de l’émancipation spirituelle de l’homme congolais.

C’est cette indépendance spirituelle qui a été confirmée avec l’avènement du 06 avril 1921. Cette victoire spirituelle en réhabilitant l’homme africain et sa société leur a rétrocédée  l’honneur et la dignité. En clair, l’homme africain a retrouvé son identité et sa fierté.

De manière concrète, cette indépendance spirituelle devrait engendrer:

  • l’indépendance politique ;
  • l’indépendance économique ;
  • l’indépendance sociale ;
  • l’indépendance culturelle.

CONCLUSION

Cette étude s’ajoute aux nombreuses autres consacrées à Papa Simon Kimbangu, mais sa spécificité se lit sous l’angle de sa mission, sa vision de la paix et sa philosophie de libération. En effet, l’époque à laquelle naquît Papa Simon Kimbangu a été celle où l’homme, en général, et l’homme africain, en particulier, était complètement en difficulté par rapport à ses conditions existentielles. L’homme opprimé était aliéné à partir de son front spirituel par le pilier central du système colonial représenté par la religion. Devant le désespoir du peuple engendré par la servitude sur ses propres terres, il a fallu un homme providentiel non seulement pour le libérer mais aussi l’orienter vers le salut.

C’est exactement à ce stade que Papa Simon Kimbangu est intervenu en tant qu’Envoyé Spécial du Seigneur Jésus Christ de Nazareth. Après avoir partagé les quotidiens de ses contemporains, il a attendu la date glorieuse du 06 avril 1921 pour la matérialisation de sa mission. Dans l’accomplissement de cette tâche, l’Envoyé Spécial du Seigneur Jésus Christ s’est mis sur le dos de l’administration coloniale au regard de l’engouement suscité par son action dont l’aboutissement devrait fatalement conduire à la libération des peuples dominés.

Papa Simon Kimbangu est bien sûr le précurseur de l’indépendance de la RD Congo mais également de la vague des indépendances de l’Afrique d’autant plus qu’il a déjoué et ébranlé le système que Berlin 1884-1885 avait placé pour la domination et le partage de l’Afrique avec l’avènement de la date mémorable du 06 avril 1921 qui, à jamais, a marqué l’histoire de ce continent où un homme spécial, dans des circonstances pénibles, a amorcé la libération de son peuple.

Cette philosophie de libération imprimée par l’Envoyé spécial du Seigneur Jésus Christ ne s’est pas arrêtée là dans la mesure où, il a livré sa vision sur la société nouvelle avec un homme nouveau symbolisé par la recherche de la paix. Cette flamme n’a pas été lancée une fois pour toute, prenons-nous tous, pour des continuateurs de cette noble œuvre émancipatoire pour que règne à jamais, la paix sur l’ensemble de l’humanité.     

BIBLIOGRAPHIE

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[1]  EDWARD CARR, cité par DARIO BATTISTELLA, Théories des relations internationales, 5ième éd., éd. Sciences po, 2015, p.127.

[2] GUIDO de WEERD, L’Etat Indépendant : A la Recherche de la Vérité Historique, Bruxelles, éd. Dynamédia, 2015, p.52.

[3] CHEIKH ANTA Diop, Nations Nègres et Culture, Paris, éd. Présence Africaine, 1954,1979, p.52.

[4] JEANGÈNE VILMER, J.-B., et RYOA CHUNG, Éthique des Relations Internationales, Paris, éd. Presses Universitaires de France, 2013, pp.1-2.

[5] FRÉMEAUX, J., Les Empires Coloniaux : Une Histoire-Monde, Paris, éd. CNRS, éditions, 2012, p.203.

[6] NSUMBUKA NKANSA, « Le Kimbanguisme Comme Éveil de la Conscience de la Race Noire », Les mouvements de résistance Kongo à l’Évangélisation du 16e siècle à nos jours, in Actes du 2e colloque de Mayidi, du 8 au 14 mai 1983, Grand Séminaire de Mayidi, n°4, 1992, p.45.

[7] BIREBENT, C., Les relations internationales 1919-1939 : la paix impossible ? Paris, éd. Ellipses, 2009, p.91. 

[8] NSUMBUKA NKANSA, Art.cit., p.48.

[9] BISHIKWABO CHUBAKA, « Rôle Socio-Politique de la Mission du Bugweshe (1921-1945) », in Likundoli, CERDAC, série A, n°2, PUZ, Lubumbashi, 1974, p.198.

[10] BONGELI YEIKOLI, E., « Simon Kimbangu et la Nation Congolaise : Pour une lecture mythologique et superstitieuse », sous la direction de Elikia MBOKOLO et SABAKINU KIVILU, Simon Kimbangu : Le Prophète de la Libération de l’Homme noir, Paris, éd. L’Harmattan, 2014, p.98.

[11] NSUMBUKA NKANSA, art.cit, p.47.

[12]  Le Petit Larousse Illustré, France, 2013.