RESEAU NATIONAL MULTI-ACTEURS DE PROTECTION SOCIALE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (RNMA/PS-RDC) FEUILLET 2 CONSACRE A LA COVID-19 Kinshasa 29 juin 2020

Lutte contre la covid-19 à Kinshasa : Aperçu à demi-teinte et implication du RNMA-PS/RDC

 

Introduction


C’est depuis 2017 que ce feuillet ne parait qu’une fois l’an. Au départ, ainsi qu’on le sait bien, sa vocation était d’établir un trait d’union entre les différentes organisations membres de la coordination du RNMA-PS que sont CSC, CONAPAC, POMUCO, CEPROSEM, RCCARR-GAR, AAAB, SYNAMED, ADP et CDS pour échanger les expériences en vue d’œuvrer davantage pour la consolidation d’une synergie mutuellement bénéfique à l’ensemble de partenaires.


En effet, étant donné que l’exception renforce la règle, une dérogation a été enregistrée depuis le mois de mai, de suite du confinement consécutif à la pandémie de la maladie à coronavirus (covid-19), tel qu’il a été instauré par les autorités nationales en vue de limiter le rythme et l’étendue de la contamination de la population par ce virus. 


Compte tenu de la gravité de cette situation, les OM du RNMA ont levé l’option d’interagir au travers de ce feuillet en attendant que celle-ci revienne à la normale. Pour cela, nous avons estimé qu’il était plus intelligible d’axer la réflexion orientant le premier numéro du feuillet en nous efforçant de savoir si la Covid-19, en Afrique, n’était qu’un couteau dans du beurre, avec pour finalité, la révélation du seul caractère pandémique de cette maladie qui a pris un accent particulier sur les pays d’Europe et de l’Amérique plus meurtris. L’incidence de cette pandémie ainsi que son caractère désolant permet de fouiller pour élargir l’horizon de connaissances de destinataires du feuillet sur l’ampleur du danger que représente la maladie à coronavirus, les contraignant, du coup, à en prendre conscience.


Dans la foulée, le présent feuillet se donne pour mission de livrer spécifiquement l’expérience kinoise de la lutte contre la covid-19 pour une meilleure appropriation de celle-ci au sein de notre réseau, en particulier, et de la population de la capitale congolaise, en général.[1]


Ce feuillet s’articule en trois rubriques. La première donne un aperçu à demi-teinte sur les pratiques de protection tant institutionnelle que populaire contre la covid-19 à Kinshasa. La deuxième planche, quant à elle, sur la part de l’implication des OM/RNMA dans cette lutte. La troisième et dernière rubrique livre, sous forme de conclusion, les principaux acquis à capitaliser, issus de la lutte contre la covid-19.      


    

I.     BREF APERCU DE LA RIPOSTE CONTRE LA COVID-19 A KINSHASA

Nous avons bien fait de préciser dès le départ que ce survol de la somme des idées et des pratiques de protection contre la covid-19 à Kinshasa est fait à demi-teinte, car la pandémie à coronavirus n’est pas encore derrière nous et on ne la connait que partiellement à cause de sa nouveauté en tant que maladie. Aussi d’autres rebondissements ne sont pas à écarter à l’avenir. L’exposé qui suit se contente de donner un aperçu plus ou moins panoramique sur la situation présente. Pour mieux agencer les éléments d’un tel tableau, la présentation qui suit se fait en trois paliers : les mesures institutionnelles, les pratiques effectives et les conséquences de l’avènement de la covid-19 à Kinshasa.

1.1.    Des mesures institutionnelles édictées

Comme dans les autres Etats du monde, le Gouvernement de la RDC avec à la commande, le Président de la République a pris un train d’instructions[2] en mars 2020, dès l’avènement de la covid-19 en vue de protéger les populations congolaises et, plus particulièrement, celles de Kinshasa-épicentre de la pandémie. Tout est parti de la loi décrétant l’état d’urgence sanitaire votée au parlement et promulguée par le Chef de l’Etat. Puisant la force à partir de la loi précitée qui s’est vue depuis lors, prorogée chaque fois dans un intervalle de 15 jours, les mesures concrètes ci-après ont été publiées avec obligation d’être rigoureusement suivies et respectées par les citoyens congolais.          


1.1.1.    De la fermeture des frontières en interne et en externe 

Cette mesure trouve son fondement dans la thèse de l’exportation de la covid-19 de la Chine où elle est apparue en premier lieu, avant de se répandre progressivement vers d’autres contrées dont la RDC. De là, l’option prise de fermer les frontières internationales pour mettre en sécurité les populations congolaises. Dans la seconde phase, cette disposition a été appliquée en interne en vue de protéger les populations de l’arrière-pays, car Kinshasa la capitale, fut à son temps, la seule ville victime et d’ailleurs jusqu’à ce jour, elle demeure encore l’épicentre de cette pandémie dans le pays.[3] Toutefois, en ce qui concerne les frontières intra nationales, à l’exception de l’aviation, la voie lacustre et surtout terrestre sont, de temps à temps, violées entre le grand Bandundu et Kinshasa et entre le Kongo Central et Kinshasa en soudoyant les agents affectés aux différentes barrières.

1.1.2.      De la mise en place de l’équipe de riposte 

Pour éviter d’être pris au dépourvu ou de travailler en ordre dispersé, le gouvernement congolais a mis en place une équipe de riposte pour :

-   accélérer l’appropriation de la riposte par les communautés, leurs leaders comme les acteurs des systèmes de santé locaux ;

-   mettre en place un système d’alerte fonctionnel dans la communauté et dans les structures de santé ;

-   renforcer l’efficacité des mécanismes de coordination et les interactions entre les commissions et les structures impliquées dans la riposte ;

-   mettre en place un plan de déploiement et un système de gestion et de renforcement des capacités du personnel impliqué dans la riposte et pour renforcer l’analyse des données à tous les niveaux pour la prise de décisions mieux informées susceptibles de guider des interventions multidisciplinaires.

À observer de près, l’équipe de riposte emploie un personnel qualifié, audacieux et volontaire mais qui fait face à des limites logistiques et des primes de risque qui nivellent, malheureusement, par le bas, sa motivation et même son rendement.  


1.1.3.      De l’observance des gestes barrières

Les autorités nationales ont, à la suite de ce qui est préconisé partout ailleurs, recommandé l’observance des gestes barrières à la covid-19 (se laver très régulièrement les mains au quotidien, tousser ou éternuer dans son coude ou dans un mouchoir, utiliser un mouchoir à usage unique jetable immédiatement ; saluer sans se serrer la main, garder une distance physique d’au moins 1 mètre avec tout interlocuteur) sous peine de sanction. La charge du suivi et d’application de châtiments est dévolue aux agents de la police nationale. D’après les témoignages concordants venus de nos organisations membres, en dehors de la règle de saluer sans se serrer la main, les autres gestes barrières sont peu ou pas du tout respectés. Sans vouloir renier le déficit de culture d’hygiène pour la protection sanitaire à Kinshasa, cette trahison est en grande partie imputable à la police qui se fait allègrement soudoyer.  


1.1.4.      Du confinement de la commune de Gombe

Soucieuses de réduire le cercle de propagation de l’épidémie à Kinshasa, la commune de Gombe, siège des négoces et de l’administration nationale et internationale, les autorités nationales et la mairie de la ville ont décidé depuis le début du mois de mai dernier, d’isoler ladite commune du reste de la ville parce que considérée comme      épicentre de la maladie. Depuis lors, les entrées à la Gombe sont filtrées sur base de présentation du macaron dûment délivré à cet effet. Encore une fois, malheureusement, des tierces-personnes s’infiltrent chaque jour en soudoyant les agents affectés à cette tâche. En plus, à Kinshasa, les dossiers comme les achats les plus importants, se traitent à la commune de Gombe. Ce qui rend du coup, ni plus ni moins, les 23 autres communes de la Ville Province de Kinshasa, des simples dortoirs. Voilà qui justifie la pression toujours grandissante qui se fait chaque jour en faveur de l’opération de déconfinement de cette commune. Toutefois, cette mesure nous semble rationnelle même si, de façon efficiente, le confinement aurait dû être étendu dans un délai raisonnable, sur l’ensemble de cette mégalopole qui abrite environ 12 millions d’âmes.  


            

1.1.5.      De la suspension des services et des activités de masse 

La raison à la base de cette disposition consistant à suspendre les services et les activités de masse à Gombe se fonde dans la crainte d’une contamination rapide et à grande échelle en cas de regroupement quotidien des corporations professionnelles ou dans le cercle des services réunissant plus de vingt personnes. C’est dans ce contexte que se justifie le devoir de garder une distance physique d’un mètre, au moins, avec tout interlocuteur.

Sont frappés jusqu’à nouvel ordre par cette instruction, l’administration publique, les manifestations publiques de tous ordres, l’école, l’université, l’Église, les terrasses et bars, les obsèques populaires, les compétitions sportives, le grand-marché de la ville, les commerces, le restaurant, les fêtes, etc. Comme d’habitude, à Kinshasa, aucune mesure ne connait d’application sans faille. Dans le cas de cette sous-rubrique, il y a lieu de dénoncer, entre autres, les manifestations politiques menées, sans dérogation quelconque, respectivement par les adeptes de BDK, de Ne Muanda Nsemi, en avril 2020 et plus récemment, celle de la jeunesse dite base de l’UDPS qui s’est déployée le 3 juin courant dans le but d’empêcher aux députés nationaux d’accéder à leur hémicycle où ils étaient attendus pour procéder à l’élection d’un nouveau premier Vice-président de la chambre basse avant de rééditer ce même spectacle, le 23 et 24 juin 2020, en guise de protestation violente contre des projets de loi initiés par deux députés en exercice à soumettre au débat et à la sanction de la plénière de l’Assemblée Nationale. Plusieurs immeubles et résidences appartenant aux dirigeants du FCC ont volé en éclat à cette occasion.   


          

1.1.6.      Une communication à grande échelle 

Répétons-le, une fois de plus, Kinshasa est une mégalopolis dont la communication en rapport avec la protection contre la pandémie nécessite bien une collaboration entre le public et le privé pour atteindre toutes les couches sociales. Les chaines audio-visuelles publiques rivalisent d’ardeur avec les privées ; la téléphonie cellulaire n’est pas en reste et dans son cas, un message vocal exhortant chaque correspondant à l’observance des gestes barrières précède toute communication attendue dans chaque réseau de télécommunication installé à Kinshasa (Vodacom, Airtel, Orange, Africel). 


1.2.    Des pratiques populaires de protection et de lutte  

Persuadée que la science médicale se cherche encore pour des solutions efficaces au niveau préventif et clinique, la population prend des initiatives pour, tant bien que mal, se protéger et se soigner partant des techniques locales. Considérant que la covid-19 présente de similitudes avec la grippe saisonnière qui ne manque pas à son rendez-vous annuel de Kinshasa, les populations rivalisent d’ardeur quant aux différentes recettes à proposer à cet effet. De celles-ci, certaines soulagent, d’autres guérissent alors que d’autres par contre tuent. À titre indicatif, commençons par diverses potions : la tisane, les plantes à essence telles que l’aloe vera, le miel, les bulukutu, le jus de tangawisi, le whisky (café rhum, alcool frelaté, pastis, ...), le thé imbibé du vicks confo, le kongo bololo et le citron. Rappelons à ce sujet que le mélange de ces deux dernières potions s’est révélé être un poison mortel qui a emporté en mars 2020, des membres des familles dans des quartiers périphériques de Kinshasa.

     Le mutozo     Le citronnier                                                          

                   Le bukukutu                      Le vicks confo               



Quant aux aliments, on note un recours massif aux fruits (banane, papaye, ananas, orange, avocat), aux légumes (aubergine tropicale, gombo ou dongodongo, champignons, …), aux ognons, aux ails grus.


 Mangustan Papaye     gAnanas

Terminons par la fumigation, cette technique qui repose sur l’usage des plantes aromatiques et/ou leurs huiles essentielles telles que « les mbunzi mbunzi », « les lumba lumba », des feuilles de manguier, celles d’oranger et d’avocatier, celles de safoutier, celles d’eucalyptus, la citronnelle et l’arbre à bonheur afin d’atténuer la fièvre et la toux.

        

Feuilles de l’avocatier        Feuilles de manguier

    La citronnelle                Le lumba lumba         

               
              
   

Au sujet de la technique dite fumigation, elle consiste à se couvrir d’une épaisse couverture, sous l’emprise d’une vapeur chaude faite de feuilles de ces plantes citées, la bouche grandement ouverte afin d’inhaler cette vapeur qui se dégage et qui fait des effets jusqu’au poumon. L’on y sort transpiré, parfois avec éternuement des crachats qui ouvre la respiration. Cette pratique est courante à Kinshasa et surtout dans les communes urbano-rurales prises d’assaut par des familles nombreuses et démunies.  Parmi les pratiques actuelles l’on peut évoquer aussi l’application des vicks du type confo aux abords du nez, des lèvres et des mains. Cette expérience est partagée dans les réseaux sociaux.

1.3.  Les conséquences de la pandémie

La covid-19 est à la base de plusieurs conséquences néfastes qui affectent le mode de vie, les rapports socioéconomiques, politiques, religieux, sanitaires. Parmi les secteurs les plus touchés, figurent :

Au plan sanitaire :

-     C’est d’abord des pertes en vies humaines même si jusque-là, il est fait état d’une faible proportion de décès en comparaison de ce qui se passe sous d’autres cieux.[4]

-     La stigmatisation des malades même guéris, ce qui fait de la covid-19 une maladie de la honte qui porte atteinte, d’office au dépistage volontaire et parfois à la consultation médicale. 

Au plan socioéconomique :

De façon généralisée, les effets des décisions prises sans mesures d’encadrement par le gouvernement ont assené un sérieux coup aux activités économiques tant dans le domaine de la production, de la distribution que dans celui de la consommation. Des travailleurs de tous les secteurs qu’ils soient du ressort formel ou informel, subissent tous les effets de cette pandémie qui les plongent dans la précarité.

La RDC qui est marquée par une faible protection et sécurité sociale fait que les travailleurs soient à la merci des employeurs à cause de l’absence de contrat de travail digne de ce nom. Ce qui accentue l’ampleur du chômage dont le cercle était déjà large bien avant l’avènement de la covid-19. Les mesures gouvernementales qui réduisent drastiquement la mobilité de la population en instituant le confinement du centre-ville de Kinshasa, la fermeture des frontières internationales, l’interdiction des mouvements de la population entre la capitale et le reste de provinces, ont jeté les populations démunies dans une misère indescriptible. Comme si cela ne suffisait pas, la population qui était déjà meurtrie, a perdu davantage son pouvoir d’achat face à une inflation qui n’arrête de s’amplifier.  C’est ce qui explique, entre autres, la hausse de prix des denrées de première nécessité, le coût de transport en commun, la fréquence de la criminalité, de l’escroquerie, de la mendicité, du vol, etc.

Au plan religieux :

-       Dans un contexte où les Églises sont souvent créées à titre de business, les fondateurs accusent un manque à gagner considérable. Aussi s’efforcent-ils, depuis peu, de communiquer à leurs fidèles respectifs, de verser leur offrande via des numéros auprès des agences cellulaires de transfert de fonds. 

-       S’agissant des adeptes, ils s’impatientent, car coupés de leur lieu de recherche de salut non seulement de la vie éternelle mais aussi et surtout des réponses à la misère au travers des miracles opérés par leurs prophètes respectifs.

Au plan social, on note, tour à tour que :

-       Des élans de générosité sont enregistrés en faveur des couches les plus vulnérables, à savoir, des homes des vieillards, des orphelinats, des veuves de militaires et policiers, des hôpitaux, des étudiants ainsi que des militants de différents partis politiques, des corporations professionnelles et autres couches sociales sont de temps en temps assistés en vivres et non vivres par des fondations, des personnalités politiques et des Églises, des ONG, ...  Ce qui est une bonne chose même si, au-delà de tout, ce sont des solutions institutionnelles qui devraient primer sur tout. 

-       Le confinement a permis, dans une large mesure, le renforcement des liens sociaux au niveau des familles en ceci que les enfants et les parents ont des journées à passer ensemble. Les conjoints se retrouvent soustraits des idées de jalousie qui génèrent, le plus souvent, des tensions et des conflits au sein des ménages de Kinshasa.

-       Aujourd’hui, de nombreux Kinois ne s’empêchent plus d’exprimer vivement la satisfaction qu’ils éprouvent, depuis qu’ils sont débarrassés de la pollution sonore (discothèques) qui les agaçait au quotidien. Dans ce même ordre, ils sont nombreux, des Kinois qui rapportent que la commodité trouvée, ce dernier temps, dans le transport en commun à Kinshasa, les épanouit sensiblement.     

 

II.        IMPLICATIONS DES ORGANISATIONS MEMBRES DU RNMA-PS/RDC


En ce deuxième point, sont exposés succinctement, diverses initiatives entreprises par des OM du RNMA-RDC dans le cadre de la lutte contre la covid-19 à Kinshasa. Des actions accomplies ou en cours d’accompagnement rentrent successivement dans le cadre de la sensibilisation, de la diffusion des publications et de la distribution des matériels de protection sanitaire.         

 

2.1.    Actions menées par la coordination du RNMA

2.1.1.     Conception et publication des articles scientifiques sur la dangerosité de la covid-19 : « Covid-19 en Afrique : un couteau dans du beurre ! » in Journal du Développement, Bruxelles, mai 2020 ; « Covid-19 : dangerosité et prévention » in revue MES de l’Unikin n°113, volume 1, mai 2020 et « La résistance africaine biscornue à la covid-19 », in revue MES de l’Unikin, n°113 volume 2, juin 2020 ;

 

2.1.2.     Conception et publication des feuillets RNMA-PS/RDC :

 

-       demande par la coordination du RNMA suivie de la réception des témoignages provenant des OM  ;

-       Rédaction du feuillet par un groupe restreint de chercheurs de la CDS ;

-       Impression et distribution grâce au financement de WSM Bruxelles.

 

2.1.3.     Conception, publication et distribution d’un calendrier ad hoc aux OM/RNMA

 

-        Message saisissant et instructif en langue locale ;

-        Impression et distribution grâce au financement de WSM Bruxelles.

2.1.4.     Diffusion feuillets RNMA-PS/Covid-19 sur les sites web du RNMA et de la CDS  

2.2.    Implications de l’Association de Défense des Droits des Patients (ADP) 

Membre du RNMA-PS/RDC, l’ADP milite depuis 2015 contre les inégalités flagrantes et inacceptables dans la situation sanitaire des populations congolaises. Aussi n’est-elle pas en reste en rapport avec la riposte  à opposer à la covid-19.  En tant qu’asbl, l’ADP s’emploie dès mars 2020 à :

-       la sensibilisation de la population de concert avec les agents communautaires des zones de santé des communes dont la liste est reprise au point qui suit ;

-       la distribution des vivres (25 kg de riz, 25 kg semoule,10 litres d’huile, sucre, sel, haricot, savon) à 1.800 ménages vulnérables des communes de Masina, Ndjili, Kinsenso, Limete (Pakadjuma, Mombele, Kingabwa), Selembao et Makala sans oublier, une enveloppe pour achat des ingrédients et une autre pour les femmes avec bébé, des masques et gels hydro alcooliques. Cette intervention a été réalisée grâce à l’appui financier de l’Église de Jésus Christ des saints des derniers jours, car l’ADP est membre de la plateforme Woman association for the faith working group. En outre, en date du 21 juin 2020, l’ADP a procédé à la sensibilisation de 30 ménages réunis au sein du projet « Nzete ya mbila », dans la commune de Nsele, cette sensibilisation a été suivie de distribution des vivres, des masques, du savon et des gel hydro alcooliques ;

-       le suivi des cas de violation des droits des malades (plaidoyer en faveur du personnel des hôpitaux non sélectionnés qui n’ont pas été dotés des kits de protection ; un accompagnement juridique à des patients lésés ; organisation des émissions d’encadrement contre la covid-19 à travers les stations radios de Kinshasa).   

   

2.3.    Implications de la CSC

Aussitôt les mesures liées à la prévention contre la propagation de la covid-19 lancées à Kinshasa, la CSC s’est mobilisée dans la sensibilisation de ses membres sur l’observance des gestes barrières dans les lieux de travail. La commune de la Gombe étant confinée, elle a levé l’option de délocaliser temporairement ses bureaux dans la commune de Limete non loin du Centre Lindonge. Cette stratégie a permis à la CSC de maintenir les contacts avec ses membres (employés des entreprises situées en dehors de la Gombe et les autres à l’instar des travailleurs du secteur informel, vendeurs des marchés, parking, etc.).

En synergie avec le MOCC et grâce au financement de WSM Bruxelles, les responsables de la CSC effectuent des descentes dans les communautés de base, à savoir : quartiers, rues. Leurs principaux modes d’intervention sont :

-       la sensibilisation sur l’observance des gestes barrières ;

-       la distribution des gels hydro alcooliques ;

-       la distribution des masques de protection ;

-       la CSC soutient et conseille ses affiliés en leur apprenant comment négocier avec leurs employeurs pendant cette période de crise où de menaces de résiliation des contrats de travail sont monnaies courantes.  Heureusement, les mesures prises par le ministère de l’Emploi et Travail basées sur le dialogue social entre partenaires ont réussi, jusque-là, à endiguer sensiblement la survenue des cas de résiliation des contrats.

 

2.4.    Implications de la CONAPAC

L’implication de la CONAPAC dans la prévention et dans la lutte contre la covid-19 s’est déroulée en deux temps :

-       en interne, le nombre du personnel fréquentant le bureau a été réduit très sensiblement. Ne viennent au service que ceux sur qui l’urgence s’impose. Les activités sont organisées depuis lors, en télétravail ;  

-       la sensibilisation des membres des organisations de la confédération au travers des messages électroniques et des affiches ;

-       la distribution des kits composés des laves mains, masques, savons, gels hydro alcooliques.

-       populations bénéficiaires : Kingabwa (Fepakin), N’djili brasserie (Ucopemekin) et au Kongo Central.

 

2.5.    Implications de la POMUCO

À l’image des précédentes OM du RNMA, l’implication de la POMUCO dans la lutte contre la covid-19, à Kinshasa, poursuit un objectif global et des objectifs spécifiques. À propos de l’objectif général, la POMUCO s’est employée dans la sensibilisation, tour à tour, de ses membres, des conducteurs de taxi motos et des chauffeurs de la Ville Province de Kinshasa avec pour sites clés : Rond-point Victoire, Rond-point Ngaba. Lors de ces rencontres, cette OM a distribué des masques de protection produits par elle-même.    S’agissant des objectifs spécifiques, au travers de cette implication dans la lutte contre la covid-19, la POMUCO profite de l’occasion pour peaufiner l’identification en vue de la création des nouvelles mutuelles de santé au profit de cette catégorie de travailleurs informels œuvrant dans un secteur qui les expose à des accidents de travail.

III.       DES ACQUIS À PÉRENNISER

Par acquis, le RNMA entend ce qui est admis, reconnu, établi par tous ou par la majorité d’une collectivité comme modèle de référence c’est-à-dire comme norme à suivre. Dans le cadre précis, de la protection contre la covid-19, une série des directives annoncées par les autorités compétentes sont venues, dès le départ, contrarier de manière frontale, des habitudes installées dans les mœurs et dans la quotidienneté des habitants de Kinshasa. Pensons ici, notamment, à la vertu de l’hygiène physique, à la suspension de l’organisation des veillées mortuaires, au confinement, à la réduction du nombre des passagers dans le transport en commun, au port de masque, … Cependant, au fil de temps et plus précisément quatre mois plus tard, des langues commencent à se délier en faveur de la pérennisation de certaines mesures au vue du gain produit par rapport à l’intérêt général. En guise d’illustrations, décryptons brièvement ce que l’opinion publique construit, depuis peu, comme cité de rêve.      

3.1.    Capitalisation de l’observance des mesures d’hygiène

Kinshasa, on le sait bien, a perdu depuis de lustres, son visage luxuriant. Ville tentaculaire mais sans latrine publique, sans poubelle, avec peu ou pas d’espace vert, envahie par des détritus de toute nature dont les matières plastiques en vedette. L’accoutumance a fini par corrompre la grande majorité qui ne trouve plus à redire s’agissant de ces manquements. Mais, depuis l’instauration de l’instruction de lavage répétitif des mains, notamment, à l’entrée de plusieurs services (banque, supermarché, hôpital, pharmacie, station-service carburant, shop de téléphonie cellulaire), les Kinois en ont, progressivement, intériorisé cette pratique comme sa nécessité. Il n’est plus rare de rencontrer des hommes comme des femmes relevant au moins de la classe moyenne, disposer dans leur sac, d’un gel hydro alcoolique à utiliser à tout bout de champ. C’est donc un point d’honneur à capitaliser, car comme le stipule un vieil adage, la propreté est la première règle de la santé.                  

3.2.    Abandon de la coutume des veillées mortuaires 

La veillée mortuaire est un des trains majeurs qui marque la vie dans la capitale congolaise. Une armature de choc existe à ce propos. Location salle à de prix allant jusqu’à 7.500 $, un banquet en terme de bain de consolation et boissons à offrir à un nombre illimité de personnes (plusieurs indigents trouvent en ce lieu, une aubaine et passent sans cesse, d’un deuil à l’autre), une tenue uniforme pour tous les membres de famille et amis du défunt, fanfare et autres groupes musicaux traditionnel et moderne, chorale, etc. Alors que la famille concernée est affectivement éprouvée, elle se retrouve aussi éprouvée économiquement en raison du poids de dépenses auxquelles elle doit faire face. Dans bien de cas, de nombreuses familles en sortent endettées. Bien plus, le côtoiement d’un corps pendant 24 heures, dont on ne connait pas toujours la cause du décès est un risque pris pour des contaminations possibles. Il va de soi que l’interdiction d’organiser des veillées mortuaires a heurté les consciences. Mais au fil de temps, des témoignages des anciens de Lubumbashi suffisamment présents depuis ces dernières années à Kinshasa, ont contribué à libérer les Kinois de cette emprise. En effet, à Lubumbashi, la pratique      des veillées mortuaires n’a jamais élu domicile depuis l’époque coloniale. C’est pour cela que l’opinion publique de la capitale devient, chaque jour qui passe, réceptive à une inhumation sans veillée dont on se met à comptabiliser le gain.       

3.3.    Kinshasa : une cité de quiétude sans pollution sonore 

Ceux qui qualifient Kinshasa de tintamarre n’ont pas tort. De jour comme de nuit, les terrasses, bars, night-clubs, marchands de dvd, fêtes, deuils, Églises, marchés, … rivalisent d’ardeur dans la pollution sonore. Une musique amplifiée sort de toute part jetant du coup les riverains dans une situation d’anxiété. Or, comme d’aucuns le savent, la quiétude est indispensable aux personnes âgées, aux malades, aux élèves et étudiants, bref à toute personne dont le travail nécessite la sérénité. D’ailleurs, pour la masse kinoise, il n’y a pas de vie sans musique. Pourtant, voici quatre mois depuis que Kinshasa vit alors sans tintamarre. C’est donc possible et ça fait du bien. Une nouvelle façon de vivre n’est-elle pas en train d’être secrétée au grand bonheur de tous ? Demain, jouer la musique ne devrait-il pas être règlementé ? De toute façon, tout excès est nuisible fusse-t-il musical. 

3.4.     Le confinement

De manière générale, les ménages de Kinshasa dénoncent le retour tardif des hommes à leur domicile. Ceux-ci trouvent comme meilleur prétexte, le volume de travail à accomplir journellement alors que dans la pensée de leurs épouses, les hommes passent le clair de leur temps aux côtés d’autres femmes, dans les restaurants, dans les terrasses, dans les hôtels, … Aussi, les tournois finaux de la coupe du monde de football, de la coupe d’Afrique des Nations, du championnat d’Afrique des Nations, … qui s’étalent sur au moins un mois, une occasion rêvée d’avoir papa ou époux aussi disponible dans le cercle familial. L’instauration de la mesure de confinement, en dépit de ses retombées négatives particulièrement au plan économique, est bien saluée parce qu’elle a engendré une reconversion de l’emploi de temps des hommes en faveur d’une vie de famille. L’homme dit-on, ne prend plus sa résidence pour un simple dortoir mais désormais pour un espace de vie commune avec ceux qui lui sont chers.

3.5.    Commodité dans le transport en commun  

L’instruction relative à la réduction du nombre de passagers dans le transport en commun en vue de limiter la propagation de la covid-19, figure parmi les mesures les plus adroites prises par l’autorité compétente. En effet, à Kinshasa, à cause du débordement de la demande du transport par rapport à l’offre et de l’obsession des transporteurs à vouloir encaisser chaque jour plus de recettes que celles à verser le soir au patron, on assiste à l’entassement très risqué des passagers sur chaque trajet et plus particulièrement vers la périphérie de la ville. À titre indicatif, une moto peut embarquer jusqu’à quatre personnes au lieu de deux, une voiture-sept personnes, un bus plus de cent personnes au lieu de la moitié si l’on s’en tenait, comme ailleurs, à la commodité des passagers. Depuis que la mesure est tombée, sous le regard vigilant de la police, les choses se passent plus ou moins correctement. Malheureusement, à la tombée de la nuit, ou lorsqu’on s’éloigne des principales artères, tout se déroule comme par le passé. Aussi rencontre-t-on, de plus en plus, une opinion favorable en termes de commodité que le transport en commun de Kinshasa s’efforce d’offrir à sa clientèle. Le souhait est que ça perdure même si, perçu sous l’angle économique, le coût de trajet par individu est doublé pour suppléer à l’espace inoccupé.         

3.6.    Pérennisation du port des maques pour certaines activités

L’adoption du port des masques pousse les Kinois à adopter à tout jamais sa pérennisation. L’appropriation de ce port par des corporations telles que : les meuniers, les vendeuses de braise, les conducteurs de moto, les conducteurs de chariot, les maraichères et même par des piétons sur des trajets, du reste innombrable, à route à terre bâtie, source de poussière constante pendant la saison sèches. Ce qui protègerait bien certainement les populations contre la pollution de l’air, source récurrente de plusieurs maladies pulmonaires.               

3.7.    Investir dans les hôpitaux du Congo     

        

C’est depuis de lustres qu’un clivage prévaut en termes de qualité de soins de santé entre dirigeants et la population congolaise. Pour tout et pour rien, les premiers cités se font soigner à l’étranger (France, Belgique, Suisse, …) fuyant, sans remord, les mouroirs laissés à la masse. L’application généralisée de la mesure de fermeture des frontières internationales visant la réduction de la contamination de la covid-19 à travers le monde, est venue rétablir l’équilibre entre les classes. Riche ou pauvre n’avait d’autre choix que de se faire soigner en RDC. Ce qui exacerbe la nécessité et l’urgence d’investir dans les hôpitaux du Congo. Saluons à cet effet, un début d’investissement constaté en rapport avec la protection et la lutte contre la covid-19 à travers le renforcement de capacités de l’IRNB, l’implantation des cliniques mobiles à travers plusieurs provinces, des équipements acquis pour l’essentiel via les coopérations bilatérales et multilatérales. Que cela ne reste pas une œuvre spontanée et éphémère. Ne soyons pas toujours pris de cours en matières de santé, de sécurité, d’alimentation et d’éducation qui constituent les besoins clés de toute collectivité humaine.


                                                 




[1] Le RNMA-PS/RDC remercie Sylvain Shomba Kinyamba, René Nzee Soke, Michel Kandolo Edungu, rédacteurs de ce travail.  

[2] C’est dommage que ces directives n’aient pas été suivies de mesures d’encadrement.

[3] Total national des cas de contamination certifiés à la date du 23 juin 2020 : 5.925 dans lequel Kinshasa seul compte 5.286 soit 89,2%. Consulté sur www.actualite.cd. Il n’est pas superflu de faire observer, à ce propos, que le déconfinement de la Gombe qui est pourtant l’épicentre de la maladie à coronavirus à Kinshasa, est annoncé pour le lundi, 29 juin 2020, et cela parait, à juste titre, comme un paradoxe. Toutefois, il ne nous reste plus qu’à faire confiance aux autorités tant politiques que sanitaires qui ont décidé de ce déconfinement.  

[4] Une centaine de décès contre d’autres grandes villes du monde qui en comptent par de dizaines de milliers.

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